Emprise, logiques perverses et dérives sectaires
Emmanuel Diet
Psychologue, Docteur en psychopathologie et psychopathologie clinique,
Psychanalyste (CIPA), analyste de groupe et d'institution, Chercheur associé au C.R.P.P.C. de l'université de Lyon I
Dans le contexte de l'hypermodernité libérale, l'emprise et la mise sous terreur
désubjectivée et désubjectivante, notamment mises en place par la procédurisation
et l'idéologie de l'évaluation généralisées, diffusent une idéologie totalitaire
et structurellement perverse directement issue des logiques sectaires qui président
à l'institution des nouvelles cultures d'entreprise et de nouveaux modèles culturels,
et visent l'institution d'un Ordre Nouveau. Le Néo-sectarisme et ses méthodologies
d'asservissement et de manipulation s'imposent ainsi, entre formatage opératoire et
séduction narcissique, comme un nouveau paradigme de la domination symbolique et de
l'aliénation psychosociale dont les conséquences psychiques et culturelles interrogent
les théories et les pratiques des cliniciens.
Le propos se situera dans une perspective articulant l'hypothèse psychanalytique
de l'inconscient avec la prise en compte de la contextualité sociale-historique,
en référence notamment aux travaux de P.Aulagnier,G.Devereux,R.Kaes,J.Puget, J.P.Lebrun,J.C.Rouchy...
Les nouvelles injonctions parentales et éducatives
Philippe Jeammet
Professeur de psychiatrie de l'enfant
et de l'adolescent, université Paris-VI
C'est la conscience réflexive qui différencie l'homme de l'animal. Elle a pour conséquence
de confronter les humains à un paradoxe : pour devenir autonome, il lui faut accepter de dépendre
des autres. Mais ce paradoxe peut nourrir la tentation si humaine de détruire, et même de se
détruire, pour exister. La liberté renforce ce paradoxe car si elle est une chance elle est
aussi un risque. C'est aux adultes de permettre aux plus jeunes de résister à cette tentation.
La confiance en est le facteur essentiel. Les valeurs individuelles et groupales en sont
l'inévitable support. Le questionnement sur la légitimité de celles-ci est devenu un débat central.
Dépendance et dérive de la reconnaissance
Alberto Eiguer
Psychiatre et psychanalyste, président de la
Société internationale de thérapie familiale psychanalytique
Nous nous réunissons aujourd’hui suite à l'amicale invitation des Hivernales de la S.F.P.
pour mettre en chantier et discuter un certain nombre de notions : Pourquoi le don, qui aurait
comme but de nous libérer et de nous donner envie de devenir plus autonomes, peut engendrer au
contraire plus de dépendance ? Je me propose de discuter de la dépendance suscité par le don,
dont l’un des signes est la difficulté de reconnaissance mutuelle. Je serai amené à parler de
lien intersubjectif, concept qui permet de réfléchir aux raisons de ces ratages.
Addictions et dépendances sexuelles
Marc Bourgeois
Professeur des universités Université Bordeaux II,
Neuropsychiatre, Docteur en psychologie
Le concept d'addiction (avec ses bases biologiques) représente un modèle séduisant et heuristique
en psychopathologie pour rendre compte des comportements répétitifs et compulsifs (c'est comme u
ne drogue !), avec trouble du contrôle des impulsions. Pour autant, la quête incessante de " gratifications "
et de plaisirs sexuels, peut-elle être qualifiée d' " addiction sans substance " quand le désir et la
concupiscence visent à la consommation de la chair et la mise en branle des systèmes de plaisir
(le reward system) ?. Il y a dans notre pays, jusqu'à présent, peu de demandes de thérapie pour ce
genre de dépendance. En un demi siècle, l'évolution des valeurs, des mœurs et des enseignements
académiques a conduit d'abord à la " libération sexuelle ", aux sexo thérapies, à l'hygiénisme sexuel
et aux voies du plaisir ; cet hédonisme ayant plus récemment laissé la place à la répression des
délinquants sexuels, la prophylaxie des MST et du SIDA, ainsi qu'à l'encadrement juridique de la
normalité sexuelle (la sobriété sexuelle).
Il existe désormais des critères quantitatifs des comportements sexuels et
diverses échelles de psychopathologie quantitative que psychologues et psychiatres
seront amenés à utiliser dans l'évaluation et la prise en charge de ce qui est
désormais considéré du domaine de la Santé Mentale. Peut-être cependant doit-on
distinguer l'addiction sexuelle proprement dite relevant plutôt de la gymnastique,
de l'obsession amoureuse, (comme l'historique mélancolie amoureuse du type Ferrant
ou bien encore de la classique érotomanie du type Clérambault). (Bourgeois ML, les
addictions sexuelles, Ann. Med. Psychol.168 (2010) 533-537 ).
Table ronde
Quel positionnement des psychologues dans la relation et l'intervention ?
Olivier Douville
Psychanalyste et anthropologue
Katia Kostulski
Maitre de conférence, chaire de psychologie du travail, CNAM
Nicole Battaglia
Maître de conférence, psychologie sociale, université Lille-III